samedi 22 novembre 2014

Histoire

La gauche radicale allemande face aux démons de l'antisémitisme





Le parti Die Linke se retrouve plongé dans un débat "passionnel" sur l'antisémitisme qui atteint ses propres rangs.

L'antisémitisme a-t-il atteint les rangs de la gauche radicale allemande, et plus particulièrement, du parti Die Linke (La Gauche, en allemand) ? Dans un long article, le "Wall Street Journal" (en anglais) explique comment le parti anticapitaliste se trouve plongé dans un débat "passionnel" sur la montée de sentiments antisémites et anti-israéliens au sein de la société allemande, mais aussi dans les rangs mêmes du parti.

Au sein de Die Linke, le débat a pris une nouvelle tournure, raconte le "Wall Street Journal", lorsque le président du groupe au Bundestag a empêché la tenue d'une conférence, au Parlement, organisée par deux députés de cette formation. Motif : parmi les invités figuraient deux journalistes ayant comparé Israël à l'Allemagne nazie.

"Faire face au passé nazi"

La controverse "reflète les inquiétudes [en Allemagne] à propos de la montée d'un sentiment anti-israélien qui pourrait fragiliser des décennies d'efforts pour faire face au passé nazi" du pays, pointe le quotidien américain.

La situation est directement liée aux manifestations de cet été contre l'opération militaire israélienne dans la bande de Gaza. Des slogans antisémites ont été scandés lors de ces manifestations. Le président du Conseil central des Juifs en Allemagne, Dieter Graumann, avait alors dénoncé la "vague affreuse de haine des Juifs" qui a déferlé sur "toute l'Europe" et regretté que des "synagogues aient été attaquées", "des Juifs menacés" et que "dans les rues allemandes aient été entendues des paroles antisémites".


http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20141120.OBS5680/la-gauche-radicale-allemande-face-aux-demons-de-l-antisemitisme.html

vendredi 21 novembre 2014

Histoire

Un tableau peint par Hitler vendu aux enchères en Allemagne



L'aquarelle sera vendue aux enchères le 22 novembre 



Une aquarelle attribuée au dictateur nazi Adolphe Hitler va être mise aux enchères cette semaine, par une maison de vente bavaroise. Si les propriétaires actuels du tableau espèrent en tirer une somme à 4 ou 5 chiffres, l'annonce de cette vente suscite la controverse en Allemagne.

Peint en 1914 ou 1915 par Adolphe Hitler, qui tentait alors de poursuivre une carrière de peintre, le tableau de 22 centimètres de large pour 28 centimètres de haut sera vendu ce 22 novembre par la maison Weidler, basée à Nuremberg. C’est dans cette ville, désignée " capitale idéologique " du Troisième Reich, que furent notamment promulguées des lois antisémites, en 1935.

L’aquarelle, intitulée " Bureau d’état civil et vieille mairie de Munich ", dépeint le cœur de la ville au début du vingtième siècle. Il a été transmis par héritage à deux sœurs originaires de la ville de Hesse, qui souhaitent aujourd’hui le vendre au plus offrant et en tirer une somme rondelette.

Les enchères de départ ont été fixées à 4500 euros, mais les prix pourraient vite grimper, selon la maison de vente bavaroise : des acheteurs potentiels, basés en Amérique du Nord et en Asie, auraient déjà manifesté leur intérêt pour le tableau. Une "oeuvre" du dictateur nazi avait déjà été acquise 32 000 euros par un collectionneur slovaque, en janvier 2012.

L’annonce de cette vente aux enchères, largement qualifiée d'"indécente" en Allemagne, a suscité un début de controverse dans le pays, et l'authenticité de l'oeuvre a été mise en doute. Mais comme le rappelle Le Point, si la loi allemande interdit la vente de " tout objet relatif au Troisième Reich, elle n'interdit pas celle d’objets qui ne contiennent aucun symbole nazi.



http://www.rtbf.be/info/etcetera/detail_un-tableau-peint-par-hitler-vendu-aux-encheres-en-allemagne?id=8406260

jeudi 20 novembre 2014

Histoire

Showdown Over Nazis at Museum of Jewish Heritage





It’s not often that a museum director gets booed on his own stage.

Yet that’s what happened to David Marwell in the auditorium of the Museum of Jewish Heritage in downtown Manhattan, when an event on New York Times reporter Eric Lichtblau’s new book, “The Nazis Next Door,” went sour.

The $15 afternoon event on November 9, which played to a busy house, was structured as a conversation between Marwell and Lichtblau. It soon devolved into an unmannerly three-way colloquy with an angry audience.

They fought a bit over the relative culpability in the Nazis’ crimes of the German scientists brought to the U.S after the Second World War. But the point that drew the loudest audience shouts was an obscure dispute over what impact General George Patton’s anti-Semitism had on conditions in the displaced persons camps in Europe following the collapse of the Nazi regime. Marwell thought that Lichtblau overstated Patton’s role.

“When he said Patton’s views infused and characterized the treatment of DP’s throughout the postwar period, I said, ‘Eric, you simply can’t say that,” Marwell told the Forward. “And that’s when I got the boos.”

Marwell said it was the first time he had ever been the target of an angry audience’s shouts in his 14 years as director of the museum.




mercredi 19 novembre 2014

Mémoire

Le voyage de la honte





Le Professeur Wim Distelmans (VUB) a organisé en octobre un voyage d’étude de trois jours à Auschwitz, avec un séminaire concernant des sujets autour de la mort, incluant l’euthanasie. Une instrumentalisation extraordinairement choquante, passée quasiment inaperçue dans notre pays, à l’exception de la communauté anversoise.

Tout le monde se souvient des remous et de l’indignation provoquée il y a une vingtaine d’années par le Carmel d’Auschwitz. Toutes les organisations juives dans le monde s’étaient unies pour en obtenir le déménagement. Tous ceux qui se sont mobilisés à l’époque ont insisté sur le fait qu’Auschwitz, le plus grand cimetière juif du monde, était et devait éternellement rester un lieu de mémoire ne pouvant s’accommoder d’une quelconque manifestation d’un autre ordre. Et de fait, l’on n’a pas connaissance de velléités de rompre ce consensus. Et ce jusqu’à l’initiative outrageante de Wim Distelmans.

On rappellera que Wim Distelmans a été la figure de proue du mouvement qui a fini par aboutir à la dépénalisation légale de l’euthanasie en Belgique. Et ce, après un long débat, caractérisé par une ligne de partage ultra-simpliste entre catholiques et non-catholiques.

Même s’il est important ici de souligner d’emblée que l’euthanasie volontaire, telle que prônée par Wim Distelmans et ses partisans, n’a rien à voir avec celle, ignoble et imposée, du 3e Reich –cette différence même rendant toute référence à l’euthanasie en ces lieux inacceptable*-, force est de rappeler que le premier pays à avoir donné une légitimité officielle à l’euthanasie était l’Allemagne nazie, qui au nom du "Lebensunwertes leben" (« la vie indigne d’être vécue ») a mené l’Aktion T4, programme qui à partir d’octobre 1939 et à la suite d’un décret signé par Adolf Hitler a abouti à l’assassinat de plus de 70.000 handicapés, dans six camps spécialement mis sur pied à cet effet. Ce programme a d’ailleurs été arrêté en 1941, suite à nombre de protestations, dont celle de l’évêque de Münster, Clemens Von Galen, en Allemagne même, émanant parfois même de personnes adhérant au régime nazi. Aktion T4 a véritablement servi de laboratoire d’essai à la Shoah, avec une extermination de groupes entiers de personnes, dans des chambres à gaz fonctionnant au monoxyde de carbone (plus tard remplacé par le Zyklon B) et réparties dans six camps qui étaient déjà des camps d’extermination. C’est dire s’il est particulièrement indécent de disserter sur l’euthanasie, quel que soit le sens que l’on donne à ce terme, en ce lieu particulier.

Le voyage d’études était en effet censé aborder la « fin de vie digne » à Cracovie, avec notamment une visite d’Auschwitz. Un « programme scientifique » mis au point par Wim Distelmans était prévu. Pour l’intéressé, qui l’écrit dans la brochure de présentation du voyage, Auschwitz est « un endroit qui semble inspirant pour réfléchir sur place dans le cadre d’un séminaire sur cette problématique et dissiper des confusions dans les concepts ». Le professeur flamand se réclame pour ce faire de la caution morale de Lydia Chagoll, organisatrice de voyages de mémoire à Auschwitz.

Tout ceci a provoqué des réactions plus que limitées en Belgique, du moins en dehors d’Anvers. Certes, Joods Actueel a fortement répercuté l’émotion de la communauté juive anversoise, sous le titre « Fortes critiques du "séminaire euthanasie" à Auschwitz ». L’article rejette de façon radicale l’idée du voyage en question. On a aussi noté des critiques assez vives dans certains médias catholiques confidentiels et très marqués à droite. Le quotidien socialiste flamand De Morgen, lui, a choisi de présenter Wim Distelmans comme une victime. Mais l’évènement est passé quasi inaperçu dans le reste du pays et notamment à Bruxelles.

C’est en Angleterre que l’indignation a été la plus forte. C’est ainsi que le Daily Mail publiait le titre suivant : « Un outrage quand le "Dr Mort" offre un voyage vers l’"inspirant" Auschwitz : il prétend que la visite va ‘clarifier la confusion" ». Et de citer notamment le député travailliste Gerald Kaufman, qui dit que « faire du fameux camp de concentration d’Auschwitz le centre d’un voyage d’étude agréable est absurde, sinon obscène ». Ce député ajoute qu’ « il est abominable de présenter Auschwitz comme un endroit inspirant ». Il faut y ajouter nombre de réactions individuelles, sur des blogs notamment, allant dans le même sens.

Le Pr Maurice Sosnowski, président du CCOJB, et par ailleurs médecin, spécialiste de la douleur, nous communique la lettre ouverte suivante adressée au Pr Distelmans : « Travaillant à l’Institut Bordet, j’ai été actif à l’Association pour le droit de mourir dans la dignité dès son lancement et j’ai soutenu les projets de loi sur la dépénalisation de l’euthanasie. Ma démarche philosophique est donc proche de la vôtre, Monsieur Distelmans. Les critiques dont vous êtes la cible dans la partie nord du pays vous ont amené à réagir et organiser un colloque. Si je peux comprendre votre légitime exaspération, je ne peux accepter la  tenue de ce séminaire à Auschwitz. Ce lieu de recueillement sur ce que l’Homme a pu créer de plus innommable ne peut être utilisé comme argument dans quelque combat qui soit. Monsieur Distelmans, contrairement aux demandeurs d’euthanasie, les victimes de la Shoah n’avaient pas demandé à disparaître. Ce faisant, vous avez banalisé le génocide. Dès lors, comment empêcher demain l’organisation à Auschwitz de séminaires sur les régimes alimentaires ou sur les conditions de travail ? Par respect pour tous les exterminés et ceux qui y ont connu l’enfer, j’aurais aimé que le polémiste que vous êtes accepte d’avouer que cette fois-ci, il a fauté. ».

* D’autant que la « mort douce », prônée chez nous par le Pr Distelmans n’a strictement rien à voir avec la pire mort jamais concoctée par l’homme et qui plane encore toujours sur Auschwitz.


Histoire

Roger Simon

 Les souvenirs de l'Alsacien de la 2e DB qui libéra Strasbourg





Roger Simon, 93 ans, est l'un des rares engagés volontaires dans la 2e DB du général Leclerc à être encore là pour raconter l'épopée initiée à Koufra, dans les sables africains et menée jusqu’à Strasbourg puis Berschtesgaden. Le récit de ce héros juif alsacien vient été publié sous la signature du journaliste et historien Jean Daltroff. Roger Simon a reçu la Légion d'Honneur le 11 novembre 2014.

"Roger Simon, engagé volontaire dans la 2e DB du général Leclerc  Itinéraire d'Hayange à Strasbourg (1921-2013)" . Le titre du livre paru chez LD L'édition est long, mais l'épopée qu'il rapporte ne l'est pas moins. A 93 ans, le vieil homme a raconté à l'historien Jean Daltroff l'histoire de ce gamin juif replié sur Toulouse, loin de son Alsace natale, et qui ne veut plus avoir à se cacher. Il décide alors de rejoindre la France libre.

Son engagement, après un difficile voyage à travers l'Espagne de Franco, le ramenera finalement en Alsace. Il sera à 23 ans aux côtés du prestigieux général Leclerc au moment de la libération de Strasbourg le 22 novembre 1944. Il est de ceux qui permettront la réalisation du fameux serment de Koufra : le 2 mars 1941, alors que rien ne laissait présager d'une issue heureuse au conflit mondial, le général Leclerc faisait le serment de ne plus déposer les armes tant que le drapeau français ne flotterait pas sur Strasbourg. La deuxième Division Blindée était alors dans le Sud de la Libye. Roger Simon devait la rejoindre un peu plus de deux ans plus tard au Maroc.


http://culturebox.francetvinfo.fr/livres/roger-simon-les-souvenirs-de-lalsacien-de-la-2e-db-qui-libera-strasbourg-203500

Histoire

Soma, " le meilleur du meilleur "





L'un des derniers grands auteurs juifs de langue allemande, Soma Morgenstern, qui a réussi à s'enfuir en 1941, est désormais accessible en poche.


Ce prénom ne vous dit rien ? Le nom, Morgenstern, ne vous en dira peut-être pas beaucoup plus. C'est pourtant le dernier de ces grands auteurs juifs d'Europe centrale, écrivant en allemand, que la France a découvert. Le mérite aux éditions Liana Levi, qui depuis 1997, et son livre sur son grand ami Joseph Roth, s'efforcent de traduire une oeuvre considérable que Stefan Zweig résumait ainsi : "Le meilleur du meilleur art est ici réuni, couleur, lumière, force, suspense." Et souffle, se permettra-t-on d'ajouter après cette belle recommandation et la lecture d'une trilogie romanesque qui paraît ce mardi en poche. Commencée en exil en 1934 à Paris, poursuivie à Vienne jusqu'en 1938, elle sera achevée aux États-Unis, où Morgenstern, à la différence de nombre de ses collègues, a réussi à s'enfuir en 1941.

Le héros de cette trilogie est un certain Alfred, jeune étudiant bourgeois juif parfaitement intégré à la société viennoise. Le premier tome (Le Fils du fils prodigue) peut être considéré comme le choc d'une nouvelle génération confrontée aux traditions d'un monde ancien (un oncle de Galicie) qui débarque brusquement à Vienne. Le deuxième tome (Idylle en exil) marque le retour d'Alfred sur la terre de ses ancêtres. Découverte de ses racines, de ses rituels, mais aussi du fanatisme et de l'antisémitisme en Pologne et en Ukraine. Un retour qui sonne comme un pèlerinage juste avant la fin, et comme un pressentiment de l'auteur, avant l'extermination. À travers un dialogue posthume entre Alfred et son père, le troisième tome (Le Testament du fils prodigue) résonne comme une réflexion tournée vers l'avenir alors que menace l'anéantissement.

Pour mieux entrer dans cet univers d'une grande ampleur, il y a aussi la possibilité, ce jeudi 20 novembre à 19 h 30 au musée d'Art et d'Histoire du judaïsme, d'aller écouter quelques spécialistes - Jacques Lajarrige, Stéphane Pesnel, Claudine Raboin, Victoria Lunzer-Talos - atour d'une table ronde animée par Alexis Lacroix (rédacteur en chef à Marianne) et ponctuée de lectures de textes par le comédien Daniel Kenigsberg (reservations@mahj.org).


http://www.lepoint.fr/livres/soma-le-meilleur-du-meilleur-18-11-2014-1882389_37.php

Histoire

« Heidelberg a été une ville très nazie »




Chef de rédaction au Rhein Neckar Zeitung d'Heidelberg, Micha Hörnle connaît bien l'histoire de cette ville de 150 000 habitants du Bade-Wurtemberg, au sud-ouest de l'Allemagne.
Mais à l'évocation de Jacques Vasseur, le journaliste de 43 ans, diplômé en histoire et sciences politiques, se dit surpris : « Dans les archives du journal, on ne trouve nulle trace de cet homme. Il vivait reclus et n'avait, je pense, que peu ou pas d'amis. »
Pourtant, on peut imaginer combien le passé de cette cité étudiante correspondait à l'idéologie de Jacques Vasseur. Germanophile, l'enfant Vasseur quittait volontiers Valenciennes où il est né en 1920 pour rejoindre, le temps des vacances, sa grand-mère maternelle en Forêt-Noire.
« Avant et pendant la guerre, Heidelberg a été une ville très proche des idées du Parti national-socialiste. Adolf Hitler est venu souvent ici. » En 1933, à l'arrivée au pouvoir du Führer, la célèbre université va perdre un tiers de ses professeurs, exclus comme juifs ou adversaires du nouveau régime. Sur le campus, des étudiants nationalistes proféraient leurs idées nazies et brûlaient des livres.
Pendant la guerre, beaucoup de garnisons allemandes étaient stationnées ici. « On trouve encore quelques monuments nazis dans les montagnes autour. Mais heureusement, la ville a bien changé, et le parti du NPD d'extrême droite n'est pas franchement le bienvenu à Heidelberg! »

Histoire

Les héritiers de Gurlitt veulent garder les tableaux





Cornelius Gurlitt avait légué la collection d’œuvres d'art amassée par son père au Musée des Beaux-  Musée des Beaux-Arts de Berne. Le fils d'un marchand d'art actif dans l'Allemagne nazie lui a bien légué les œuvres d'art amassées par son père mais des cousins, Dietrich, 95 ans et Uta, 86 ans, s'y opposent.

Tous deux sont les héritiers légaux mais n'ont pas droit à la collection, selon les dernières volontés de Cornelius. Uta Werner mène le combat, estimant que son cousin n'était pas en possession de tous ses moyens au moment de rédiger son testament, explique le Tages-Anzeiger dans son édition du 18 novembre.
Un héritage empoisonné à bien des niveaux
La cousine de Cornelius s'appuie sur les conclusions de Helmut Hausner, expert en psychiatrie et juriste, qui estime que le fils de Hildebrand Gurlitt souffrait de «démence légère, de troubles de la personnalité schizoïdes et délirants».
L'expert a ressorti une lettre de la mère de Cornelius qui s'inquiétait du délire de la persécution de son fils. Ce dernier était convaincu d'être la cible d'un «réseau national-socialiste qui voulait lui prendre sa collection». Ce qui l'aurait poussé à choisir Berne pour mettre ses œuvres d'art à l'abri.
L'expertise de 48 pages a déjà été envoyée au tribunal des successions de Munich qui doit encore décider s'il y a lieu de contester le testament. La procédure n'est pas limitée dans le temps et les cousins, ou plutôt leurs descendants, pourraient encore devoir batailler des années afin de faire valoir leurs prétentions.
Il y a une autre expertise
Uta Werner avait accepté le testament dans un premier temps avant de revenir sur sa décision suite au soulagement affiché en Allemagne de voir la collection partir à Berne. Elle veut ainsi prouver que sa famille peut s'occuper de l'héritage pour définir si des œuvres spoliées en font partie.
Le bras de fer juridique pourrait s'éterniser mais Wolfgang Seybold, l'avocat d'Uta Werner, veut d'abord s'entretenir avec le Musée des Beaux-Arts de Berne. Ce dernier dispose également d'une autre expertise, réalisée par un neurologue qui a traité Cornelius Guritt peu avant son décès. Et établi que l'homme disposait de toutes ses facultés.

lundi 17 novembre 2014

Histoire

Allemagne : Des néonazis défilent contre leur propre cause





Réunis pour honorer un dignitaire nazi, ils ont marché des kilomètres, mais les opposants faisaient des dons pour chaque mètre parcouru, reversés à une association aidant les néonazis à s'en sortir.

Environ 250 néonazis, réunis ce samedi 15 novembre pour une marche dans le sud-est de l'Allemagne, ont déclenché malgré eux une collecte de fonds destinée à combattre leurs idées, ont annoncé lundi les organisateurs de cette initiative.

Fini les plaintes, place aux dons

Las de voir leur ville de Wunsiedel (Bavière) servir de point de ralliement aux militants néonazis, les associations et commerçants locaux ont cherché une alternative à leurs armes traditionnelles – protestations et recours en justice –, jusqu'ici inefficaces.

«On peut faire plus que bloquer les rues et tirer les rideaux de fer des magasins», a expliqué à l'agence allemande DPA l'un des organisateurs, Fabien Wichmann, soucieux d'explorer «les moyens d'agir» contre l'extrême droite radicale.

Marche bon enfant

Les quelque 250 militants réunis samedi à Wunsiedel, qui a abrité de 1988 à 2011 le tombeau du dignitaire nazi Rudolf Hess, ont découvert dans le centre ville une série d'affiches, de banderoles et de marquages au sol les encourageant à «donnez, marchez!», donnant à leur manifestation l'allure d'un marathon bon enfant.

Pour chaque mètre marché, 10 dollars ont été collectés pour le programme EXIT Deutschland, qui soutient depuis 2000 les néonazis désireux de changer de vie, transformant les manifestants en donateurs malgré eux.

Au total, près de 10'000 francs suisses donnés par des particuliers, des associations et des entreprises ont été récoltés au profit d'EXIT Deutschland, expliquent les organisateurs dans un communiqué.


Histoire

Nicki Minaj, Pritz ... : pourquoi ces symboles nazis fascinent la pop






Nicki Minaj qui se grime en dictatrice dans un clip à l'esthétique nazieOnly. Un groupe de K-pop inconnu, Pritz, qui défraie la chronique en arborant brassards évoquant ceux des SS. Cette semaine, deux faits de l'actualité musicale ont évoqué par leurs symboles le IIIe Reich. Provocations, ignorance de ces jeunes artistes ou banalisation de l'esthétique nazie? François Delpla, historien spécialiste du nazisme et auteur d'Une Histoire du IIIe Reich (éd. Perrin, novembre 2014), a tenté d'analyser ce phénomène dans la musique pop pour Le Figaro.

Selon lui, il est clair que le cas des «lolitas sud-coréennes» du groupe Pritz fait expressément référence au nazisme. «Elles portent des brassards sur lesquels se focalise l'attention et dont la filiation nazie est directe. Sans parler de la couleur noire des vêtements qui, jointe aux brassards, évoque les SS sans un effort démesuré de dissimulation ou de stylisation», analyse-t-il.

Pour François Delpla, ce choix est bien dicté par un esprit de provocation, d'autant plus qu'elles sont au début d'une éventuelle ascension. «On cherche à les faire sortir de l'anonymat par une provocation dont la portée, qui sans doute leur échappe, est sciemment exploitée par leur producteur, explique l'historien qui va plus loin. Voilà qui s'apparente à de la prostitution et me semble plus préoccupant encore que ce qu'on entend d'abord par ce mot, s'il est vrai qu'il est plus grave de souiller l'âme que le corps.» C'est l'exploitation de ces jeunes filles par l'industrie musicale qui lui semble donc inquiétante, au-delà de l'imagerie nazie.

Régner de force sur son public ?

Le cas de Nicki Minaj lui semble cependant moins net. «La rappeuse joue sur un large spectre de provocations et son graphiste copie ici une esthétique banale de BD et de jeux vidéos qui peut évoquer les rassemblements de Nuremberg mais de bien d'autres lieux également», évoque-t-il. Un point de vue d'ailleurs expliqué par Nicki Minaj et son réalisateur, lors des excuses de la première et du refus de prononcer des excuses du second. Jeff Osborne, auteur du clip, se serait ainsi, en plus de l'esthétique nazie, également inspiré du dessin animé Metalocalypse et de la bande dessinée Sin City. Mais aussi de symboles américains comme l'uniforme des membres de l'unité spéciale SWAT, les caméras de surveillance, la Cour suprême, le Lincoln Memorial ...

Quoi qu'il en soit, l'historien a du mal à comprendre le rapport de la chanteuse à ses fans. «Dans son clip, la rappeuse montre son public sous la forme d'une armée sur laquelle elle règne», décrypte-t-il. Ces cas de la musique pop seraient donc bien loin du «joyeux bordel individualiste» de Woodstock. «Les publics musicaux n'ont rien à gagner en s'alignant en rangs devant leurs idoles», commente-t-il.

S'agit-il d'une banalisation de l'esthétique nazie? «Les tabous sont levés depuis plusieurs décennies, explique ce spécialiste du nazisme. On peut incriminer le travail politique aussi bien qu'historique qui a depuis 1945 paré au plus pressé sans analyser en profondeur ce mélange de folie et de séduction du nazisme.»

François Delpla revient ainsi sur le contexte de la naissance du Troisième Reich. «Il reste difficile de reconnaître en Hitler un maître manipulateur, tant sont nombreux et divers les pays et les partis qui ont trouvé le phénomène plus amusant que dangereux et se sont laissés endormir ou mener, avant de se regrouper vers 1942, pour écraser plus que pour comprendre.» Ces chanteuses - et leurs producteurs - reproduiraient-elles un schéma similaire, en tentant de s'imposer dans les charts à tout prix. Une dictature de l'image en somme, quitte à ne pas maîtriser la portée des codes que celles-ci véhiculent ?


Une Histoire du IIIe Reich, éditions Perrin, 6 novembre 2014